Maladies virales de la vigne

La vigne est exposée à de nombreuses maladies virales. Ces maladies sont moins bien connues que les maladies cryptogamiques mais peuvent pourtant avoir des conséquences importantes autant sur la quantité et la qualité de la vendange que sur la pérennité du vignoble. Ces maladies sont incurables, c’est pourquoi il convient de bien comprendre leur fonctionnement afin de pouvoir agir en amont. Petit tour d’horizon de ces maladies.

Crédits photos : IFV sauf mention contraire

En introduction, il est important de noter que les virus des plantes sont à la frontière entre le monde vivant et le monde inerte et que ce sont des parasites intracellulaires obligatoires. C’est pourquoi ils ne tuent que très rarement une plante puisqu’ils ont besoin d’elle pour se développer et se reproduire. Toutefois, ils conduisent à un dépérissement progressif de celle-ci.

Les virus se transmettent principalement par :

  • différents modes de multiplication végétative : bouturage et greffage
  • des insectes vecteurs notamment des insectes de type piqueurs-suceurs : pucerons, cicadelles, aleurodes et cochenilles, thrips
  • également par des nématodes, acariens, champignons, graines, pollens,…
  • déplacement de matériel végétal infecté

Le Court Noué

Le Grapevine fanleaf virus (GFLV) est responsable de la maladie du Court Noué mais l’Arabis mosaic virus (ArMV) y est souvent associé.

Environ 2/3 du vignoble français serait contaminé par le Court Noué.

1. Symptômes

Le Court Noué engendre de la panachure sur feuilles (jaunissement évoluant vers des décolorations blanchâtres) alors que les nervures restent vertes. La couleur des feuilles évolue vers un rougissement en fin de saison. Les feuilles peuvent être déformées avec plus de 5 nervures principales, des doubles pétioles avec deux demi-feuilles, une forme de palmette,…
Il apparaît des malformations au niveau des rameaux puis des sarments : aplatissement, rabougrissement avec des rameaux en forme de « zig-zag », fasciations, double-noeuds, ramifications anormales, yeux borgnes (absence d’organe en face d’une vrille).
Les souches virosées présentent une coulure importante, du millerandage et une forte hétérogénéité de maturation des grappes.
A l’échelle de la parcelle, les ceps atteints sont souvent groupés en foyers, bien repérables au printemps lorsqu’il s’agit de panachure.

Foyers de Court Noué dans une parcelle

Symptômes sur feuilles

Crédit photo : Romain BESSONCrédit photo : Romain BESSONSymptômes sur grappes

Symptômes sur sarments

Attention, à ne pas confondre avec une carence en fer :

Une carence en bore :

Ou encore une toxicité due aux herbicides :

  2. Conséquences

  • Vigueur réduite
  • Diminution des rendements
  • Maturation irrégulière
  • Teneurs en sucres et acidité titrable des baies plus faible
  • Durée de vie des souches limitée

3. Modes de transmission

Le Court Noué est propagé par un vecteur du sol : les nématodes. Ce sont des « vers » microscopiques qui vivent dans le sol et qui se nourrissent directement sur les racines en les piquant grâce à leur stylet. Ils acquièrent les particules virales pendant leur phase d’alimentation,. Ces particules sont retenues au niveau de l’appareil alimentaire puis sont transmises aux ceps voisins lors de nouvelles prises alimentaires. Même si le nématode peut être infectieux à tous les stades (larvaires et adultes) il perd cette capacité à chaque mue.

Les nématodes peuvent survivre après arrachage de la vigne sur des fragments de racines résiduelles et parfois jusqu’à 10 ans après arrachage ! Cette durée peut être réduite lorsque les conditions sont moins favorables : sols légers, travaux profonds,…

Les adultes sont capables d’assurer la rétention du Court Noué dans le sol pendant 4 ans !

Les nématodes sont disséminés par :

  • transport de terre (travail du sol, machines, érosion et même par les chaussures !)
  • irrigation du vignoble : les populations de nématodes augmentent en même temps que la dispersion du virus en suivant le système d’irrigation
  • déplacement naturel du nématode (1,3 à 1,5 m par an)

4. Moyens de lutte

Si la maladie est suspectée, il est important de confirmer le diagnostic à l’aide d’un test sanitaire ou avec un expert pour éviter toute confusion avec un certain nombre de troubles d’ordre physiologique.

Aucun produit phytopharmaceutique n’est actuellement homologué dans la lutte contre les vecteurs du Court Noué.

Les moyens de lutte sont uniquement préventifs et visent à réduire le vecteur (nématode) ou l’inoculum (racine infectée).

  • utiliser des produits nutritionnels visant à réduire la manifestation des symptômes, à maintenir la production à un niveau acceptable et à retarder la mort progressive des ceps.
  • les ceps contaminés peuvent être arrachés dès lors que la contamination provienne du matériel végétal et non du sol et que celle-ci ne soit pas généralisée
  • avant arrachage d’une parcelle, dévitaliser puis arracher les souches au minimum 4 mois après dévitalisation
  • extirper soigneusement les racines après arrachage par un travail du sol profond
  • respecter un repos du sol de 7 à 10 ans avant de replanter de la vigne sur un sol contaminé et implanter un couvert végétal avec des espèces antagonistes. De bons résultats ont été obtenus avec l’avoine, la luzerne, la moutarde, la vesce velue. Certaines de ces espèces peuvent d’ailleurs servir d’engrais verts.
  • éliminer les repousses de vigne subsistant après arrachage
  • éviter les apports de terre exogène pouvant être contaminée par des nématodes

L’enroulement

La maladie de l’enroulement est l’une des maladies de la vigne les plus répandues dans le monde. Il s’agit d’une maladie complexe car plusieurs virus sont potentiellement impliqués. Ces différents virus sont dénommés GLRaV pour Grapevine Leafroll associated Virus suivi d’un chiffre pour chaque virus impliqué.

1. Symptômes

L’observation des symptômes se fait sur feuilles matures seulement, c’est à dire après la véraison.
Le limbe jaunis pour les cépages blancs ou rougis pour les cépages rouges. Le bord des feuilles se révolute vers la face inférieure (en forme de gouttière). Les nervures restent vertes (ou jaune en fin de saison) ainsi qu’une plage plus ou moins étendue à proximité des nervures.
On observe également un retard d’aoûtement.
Les souches atteintes d’enroulement sont parfois regroupées en tâches dans une parcelle ou le long des rangs.
Attention, les symptômes sur les cépages blancs sont plus difficilement décelables.
Contrairement à la flavescence dorée, les grappes ne se dessèchent jamais.

Cépages rougesCrédit photo : Romain BESSONCépages blancs

 

Attention à ne pas confondre avec :

Asphyxie des jeunes vignes

EtranglementCasses diversesCarence en magnésiumCarence en potassiumToxicité en sols acidesEsca/BDAFlavescence doréeDégâts de cicadelles vertesDégâts de cicadelles bubales (crédit photo : Romain BESSON)Araignées jaunes ou rougesDépérissement de la syrah

2. Conséquences

  • Faible capacité photosynthétique
  • Vigueur et croissance réduite
  • Taille et nombre de grappes réduits
  • Diminution de la concentration en sucres des baies
  • Diminution de la concentration en polyphénols des baies
  • Augmentation de l’acidité et baisse du pH des moûts
  • Durée de vie des souches limitée

3. Modes de transmission

Les vecteurs principaux de la maladie de l’enroulement sont les cochenilles.

Il existe deux types de cochenilles :

  • Cochenilles farineuses : Pseudococcus viburni principalement

  • Cochenilles à coques : Parthenolecanium corni principalement

Ces cochenilles ont la caractéristiques d’être polyphages (présents sur de nombreux types de végétaux), ont un appareil bucal de type piqueur-suceur, elles vont pouvoir disséminer le virus lorsqu’elles piquent un cep affecté avant de piquer un cep sain. Elles produisent du miellat et de la fumagine, c’est pourquoi elles sont protégés par les fourmis qui en font l’élevage. Enfin, on peut en retrouver toute l’année cachées sous l’écorce.

Les cochenilles en aspirant la sève de la plante infectée deviennent infectieuses en quelques minutes à 1h et le restent pendant 48 à 72h.

Voici les signes qui permettent de détecter facilement la présence de cicadelles dans le vignoble. Il ne faut pas hésiter à écorcer l’écorce du vieux bois pour voir s’il ne se cache pas des cochenilles à l’intérieur.

Les cochenilles farineuses sont souvent les plus problématiques au vignoble car elles ont plusieurs générations par an, leur développement peut donc être explosif à la différence des cochenilles à coques.

Les cochenilles peuvent être disséminées au vignoble de différentes manières :

  • bois de taille
  • marc de raisins
  • grappes éliminées
  • machines et remorques de vendanges
  • déplacement des cochenilles par le vent, la pulvérisation

4. Moyens de lutte

  • Eliminer les vignes sauvages pouvant constituer des réservoirs de cicadelles
  • Planter des haies brise-vent permettant de limiter le déplacement des cochenilles
  • Détecter les cicadelles précocement pour faciliter leur contrôle : observations visuelles des fourmis, cochenilles, installation de pièges à phéromones, de rubans adhésifs pour piéger les insectes,…
  • Contrôler les cochenilles par différents méthodes : méthodes alternatives, lutte biologique, lutte chimique. Attention, il n’existe pas de seuil de nuisibilité clairement établi pour les cochenilles. Un traitement est en général suffisant pour contrôler les populations de cicadelles. L’application d’un insecticide après un écimage-rognage va améliorer l’efficacité du traitement
  • Dans certains cas extrêmes contrôler les populations de fourmis
  • Détruire ou composter le marc de raisins et le bois de taille
  • Eviter que les grappes sèches restent accrochées sur le vieux bois
  • Effeuillage ou égrappage partiel après véraison peuvent faciliter le murissement des grappes
  • Compenser les éventuelles carences par des fertilisations ciblées
  • Eliminer les plants infectés (vignoble de moins de 20 ans présentant moins de 20% des ceps infectés et absence de virus ou de vecteurs à proximité)
  • Remplacer les plants infectés avec du matériel végétal sain et appliquer un insecticide systémique sur ces jeunes plants
  • Dévitaliser les ceps avant arrachage de la parcelle
  • Ne pas laisser les ceps arrachés à proximité des parcelles saines
  • Laisser la parcelle en jachère pendant plusieurs années après arrachage

Le complexe de la marbrure (Fleck)

Le complexe de la marbrure associe plusieurs virus dont le principal est le GFKV (Grapevine Fleck Virus). C’est un virus très répandu, souvent latent sur la plupart des cépages de Vitis vinifera. On peut observer un éclaircissement localisé des nervures secondaires des jeunes feuilles et de la mosaïque avec des feuilles repliées vers le haut sur des feuilles plus agées.

Ce virus occasionne un retard de croissance, une capacité d’enracinement réduite de certains porte-greffes et une mauvaise reprise au greffage.

Le complexe du bois strié

Le complexe du bois strié est un complexe de quatre maladies identifiées d’après les symptômes induits sur différentes variétés indicatrices :

  • Cannelures sur porte-greffe Vitis Rupestris (Rupestris Stem Pitting)
  • Cannelures sur porte-greffe 5 BB (Kober Stem Grooving)
  • Maladie de l’écorce liégeuse (Grapevine Corky Bark)
  • Cannelures sur porte-greffe LN33

Au vignoble, les cannelures et la maladie de l’écorce liégeuse peuvent parfois se manifester par une baisse de vigueur, un léger retard de débourrement, un épaississement parfois liégeux au dessus du point de greffe. Au niveau du porte-greffe, le bois sous l’écorce peut montrer des striures ou des cannelures.

Crédit photo : Romain BESSON

Méthodes préventives générales

Dans la gestion des maladies virales des vignes, les mesures préventives sont prioritairement utilisées car elles sont les plus efficaces :

  • Utilisation de matériel végétal certifié : son état sanitaire a été obligatoirement contrôlé et il présente plus de garanties agronomiques qu’un matériel standard
  • Observation au vignoble permettant de détecter rapidement l’arrivée des premiers symptômes
  • Mise en place de stratégies de lutte contre les vecteurs
  • Pratiques culturales au vignoble

Autres maladies virales émergentes

1) Virus du Pinot gris – Grapevine Pinot Gris Virus (GPGV)

La maladie a été découverte en Italie sur du Pinot gris. Les symptômes sont similaires à ceux induits par des acariens ou des thrips. On observe un retard au débourrement, les entrenoeuds sont plus courts et la végétation est buissonnante. les feuilles présentes des décolorations chlorotiques (au niveau des nervures) et des petites taches jaunes de type mosaïque. Certaines feuilles présentent des déformations.

Les cépages Muscat, Chardonnay et Pinot (blanc, gris et noir) seraient plus particulièrement sensibles. Les conséquences sont une baisse de rendement pouvant atteindre 50% ainsi qu’un retard dans la maturation des baies. Souvent seules quelques souches par parcelle présentent des symptômes. L’association entre la maladie et le virus n’est pas claire : le virus a été retrouvé dans un grand nombre de souches symptomatiques mais également sur des souches asymptomatiques.

Ce virus a été identifié dans l’ensemble des régions françaises et les régions les plus contaminées seraient la région PACA et la région Occitanie. Le virus est également présent dans de nombreux pays européens.

2) Autres virus non détectés en France

Il s’agit des viroses suivantes :

  • Grapevine Red Blotch associated Virus (GRBaV) aux USA et en Suisse

  • Grapevine Vein Clearing Virus (GVCV) aux USA

  • Roditis Leaf Discoloration (RLD) en Grèce

  • Grapevine Rupestris Vein Feathering Virus (GRVFV) en Grèce et en Italie

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